JUSQU’AU DEPOUILLEMENT TOTAL

 

 

Célébration des funérailles
le 05 octobre 1990,
Eglise de l’Immaculée Conception,
Pères Jésuites 

 

Nous sommes réunis pour célébrer un événement pascal. Le mystère d'une vie qui éclate avec vigueur et devient fertile, après que le grain de blé ait été jeté en terre. 

Qui était Maria Agustina Rivas ? 

Religieuse née à Ayacucho, appelée un jour à suivre les pas du Bon Pasteur, nous l'avons vue avancer en cohérence absolue, donnant la vie pas à pas, silencieuse, sereine, semeuse de paix. Avec la maturité de ses 70 ans, de santé fragile, elle avait choisi de travailler dans une zone d'urgence, où la présence du Pasteur miséricordieux était impérieuse et nécessaire. Elle y a travaillé pendant 3 ans, elle était une colonne forte, et a été le soutien de ses sœurs et l'ange des habitants jusqu'à il y a 8 jours, où son Pasteur lui a lancé le dernier appel en  lui donnant  le privilège de verser son sang pour les brebis. 

Mais notre sœur Agustina ne meurt pas seule, et à la liste des six personnes qui sont tombées avec elle, nous pouvons ajouter les nombreuses victimes dont nous ne connaissons pas le nom et dont le nombre augmente chaque jour. 

Dans cette Eucharistie dans laquelle nous offrons le sang de Jésus, autre victime de violence qui s'élève vers le Père, la clameur du sang versé, uni au sang du Christ crie avec plus de force que celui d'Abel (He 12,24). 

En tant que peuple de Dieu, notre célébration veut être aussi une proclamation  de notre foi dans l'Évangile. Nous voulons être et vivre comme l'Église des pauvres jusqu'au dépouillement total de notre vie. 

Au milieu de notre douleur, nous osons proclamer la puissance de la miséricorde et la force rédemptrice du pardon, avec les sentiments de Jésus Bon Pasteur. "Que les voies du Père sont uniques ! Quelle récompense pour l'engagement ! Maria Augustina est déjà sur les autels du cœur de la congrégation et, bien sûr, sur l'autel du cœur de son peuple". (Message de la Conseillère générale). 

La mémoire de ces morts, celle du Christ, celle de Maria Augustina et de toutes les victimes innocentes, nous engage à la suite du Bon Pasteur et à être fidèle à celui qui se dépouillant de sa vie, est venu pour que nous ayons la vie, et la vie en abondance (Jn 10,10).

Sœurs et frères qui nous accompagnent en ce moment de douleur et d'espérance, nous vous remercions profondément pour votre présence dans cette Eucharistie, et nous vous invitons à dire avec notre sœur Augustina : "Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur". (Ps 88). 

Supérieure provinciale

Le 05 octobre 1990