TU MEURS PARCE QUE TU PARLES DE PAIX

 

 

Interview à RADIO VATICAN - Roma, le 12 octobre 1990

De Sœur María Gema Cadena,

Supérieure générale de la Congrégation du Bon Pasteur

 

Comment l'Institut a-t-il reçu le témoignage de la mort de Sœur Agustina ? Le travail de promotion des femmes et d'évangélisation de la population de La Florida et de beaucoup d'autres villages voisins du Pérou, a été la cause de la mort de notre chère Sœur Agustina Rivas. Selon des témoins oculaires, avant de la tuer on a entendu cette phrase :  "Tu meurs, parce que tu parles de paix, et pour avoir organisé et distrait ces gens...".

Ces actes de violence ont eu un fort impact sur le peuple latino-américain et l’ont interpellé. Le fait qu'une sœur du Bon Pasteur soit aujourd’hui l'une des victimes, a été pour nous tous un coup dur, et un appel fort à clarifier et à ratifier notre engagement envers les personnes que nous servons, à l'instar de notre Bon Pasteur qui "donne sa vie pour ses brebis".

De nos jours, nos regards et nos intérêts sont centrés sur notre bien-aimée Sœur Agustina. Femme courageuse de 70 ans. On disait d'elle : "Nous l'avons vue avancer, toute sa vie, dans une cohérence absolue d'amour et de service sans repos, silencieuse et sereine, semant parmi le peuple de La Florida un vrai sens d'humanité, de christianisme et de paix".

Nous espérons que le sang versé par une sœur du Bon Pasteur, ainsi que celui de prêtres et de nombreux innocents, soit une semence féconde, d’où fleurissent la réconciliation, la paix et la justice parmi ce bien-aimé peuple péruvien.

Quel service charismatique l'Institut du Bon Pasteur rend-il à l'Église et à la société ?

Sainte Marie Euphrasie Pelletier, notre fondatrice, était animée, tout comme saint Jean Eudes, père spirituel de la Congrégation, d’une foi profonde qui la rendait sensible aux exigences de l'Evangile de son temps. Elle a identifié le charisme comme une participation à la mission de Jésus Bon Pasteur. Le Bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis... et pour les plus démunis...

Aujourd'hui, notre service est diversifié, comme le sont les problèmes des jeunes et des femmes d'aujourd'hui. Nous les servons dans des :

- Résidences pour femmes avec leurs enfants qui ont été maltraitées par leur mari.

- Résidences pour jeunes ayant des difficultés familiales et de comportement.

- Centres de diagnostic et de thérapie pour les jeunes et les enfants victimes d'abus sexuels.

- Foyers pour mères célibataires.

- Centres de conseil et de promotion pour les femmes victimes de la prostitution.

- Accompagnement et animation pastorale dans les prisons pour hommes et femmes.

- Accompagnement et évangélisation des familles en difficulté dans des zones marginales. 

-  Centres pour les jeunes et les femmes touchées par le sida et la toxicomanie, en collaboration avec d’autres organisations.

- Services de soutien et de promotion pour les réfugiés. 

Ces services existent sur les cinq continents, et nous sommes poussées par le zèle de sainte Marie-Euphrasie, une femme qui, pour la gloire de Dieu et la mission, était prête à parcourir le monde entier.

En plus de votre service socio-apostolique spécifique, les Sœurs du Bon Pasteur mènent-elles d'autres activités pastorales, d'évangélisation ou de promotion sociale ?

Selon les besoins des pays où nous sommes, notre service s'inscrit également dans la ligne de la promotion professionnelle en milieu rural.

• Dispensaires médicaux dans les zones de mission et dans les zones de grande nécessité.

• Animation de groupes de jeunes et catéchèse.

• Écoles et collèges.

• Évangélisation et formation de responsables dans les régions où il n'y a pas d'Église. C'est le cas de notre communauté de La Florida, le cadre dans lequel notre sœur bien-aimée Agustina Rivas a offert sa vie. 

Ces services qui travaillent à la promotion des personnes, se veulent aussi un moyen pour rejoindre des personnes en difficulté, afin qu’elles connaissent et se laissent toucher par le cœur du Bon Pasteur, source de miséricorde et de réconciliation.

Combien y-a-t-il de religieuses ? Quelle est la situation vocationnelle de l'Institut ? Comme je l'ai déjà dit, auparavant, nous sommes présentes sur les cinq continents, dans 63 pays. Nous sommes 7.000 sœurs, dont 1.050 appartiennent à la branche contemplative.

Les deux branches, unies par le même charisme, sont les deux poumons qui donnent vie à un seul cœur, lequel voudrait être le même Bon Pasteur qui s’approche avec miséricorde de la personne qui souffre et qui a besoin d'aide.

Pour répondre concrètement à votre question, le nombre des vocations se maintient.  Elles sont plus nombreuses en Asie et en Amérique latine et elles commencent à émerger en Afrique. En Europe, en Amérique du Nord et en Océanie, les vocations sont moins nombreuses.

Dernièrement, il y a un grand désir de répondre aux appels des pays de l'Est. Un groupe de 5 sœurs se prépare à partir aider nos sœurs hongroises qui, après 40 ans, ont eu la possibilité de se retrouver en communauté et d’ouvrir selon notre charisme, un apostolat en faveur des jeunes et des familles en difficulté.

Le zèle pour le salut des âmes est l'héritage reçu de notre fondatrice. Dans toute la Congrégation en cette année jubilaire, 50 ans depuis la canonisation de sainte Marie-Euphrasie, nous nous efforçons de nous renouveler profondément dans notre charisme fondateur, dans le contexte de la Nouvelle Evangélisation. C'est ainsi que nous nous préparons à vivre notre vingt-sixième (26e) Chapitre général qui aura lieu l’année prochaine.