Perspectives religieuses sur la justice économique en tant qu'impératif moral.

Cinquième symposium annuel sur le rôle des

 religions et les organisations confessionnelles dans les affaires internationales

Financement du développement durable

Vers une économie pour la vie

Économie pour la vie : Perspectives religieuses sur la justice économique en tant qu'impératif moral.

 

 

La première table ronde présentera un cadre de financement du développement durable fondé sur la foi, y compris les fondements moraux d'une économie pour la vie qui intègre la paix, la justice et la pérennité.

C'est un honneur pour moi d'être présente ce matin aux côtés de ces éminents panélistes, qui réfléchissent sur " les perspectives confessionnelles et les impératifs moraux qui sous-tendent l'économie pour la vie ", lesquels peuvent à leur tour encadrer et informer la politique sur le                                         " financement du développement durable ".

Je suis une Sœur du Bon Pasteur - et le verset 10 du chapitre 10 de l'Évangile de saint Jean, où Jésus se présente lui-même comme le Bon Pasteur qui prend soin du peuple, est un passage des Écritures qui éclaire ma vie :  "Le voleur ne vient que pour tuer, voler et détruire.  Jésus dit : Je suis venu pour qu'ils (les gens) aient la vie et la vie en plénitude" Je crois que ce passage de l'Écriture Sainte met notre conscience au défi de mettre un terme aux systèmes financiers qui facilitent la recherche effrénée de la richesse pour quelques-uns, et par quelques-uns, au détriment de milliards de personnes dans le monde. Nous devons travailler ensemble pour faire en sorte, que chaque personne ait accès à une économie de vie pour son bien-être, ainsi que pour celui de sa famille, de la communauté locale, du pays et du monde.

Alors que les personnes de nombreuses confessions et systèmes de croyances sont engagées dans la promotion d'une " économie pour la vie ", nous sommes loin d'y parvenir sur la base d'informations récemment publiées dans deux documents. Le premier, d'Oxfam, s'intitule " Bien public ou richesse privée " et le second rapport est celui de la Commission mondiale sur l'avenir du travail, publiée par l'Organisation internationale du travail, qui célèbre son centenaire (1919 - 2019). Les deux rapports mettent en lumière les extrêmes de la richesse et les inégalités croissantes qui en découlent.  C'est aux personnes exclues et vivant dans l'extrême pauvreté que les Sœurs du Bon Pasteur et tous les frères et sœurs du Bon Pasteur cherchent à les accompagner, en s'efforçant d'alléger leurs souffrances, tout en remettant en question les dimensions non éthiques des marchés financiers, des institutions financières et du secteur privé sans scrupules.

Nous pouvons trouver dans l'enseignement social catholique des critères très clairs pour une " régulation appropriée de la dynamique des marchés "1 :

  • La dignité humaine
  • La communauté et le bien commun
  • L’Option pour les pauvres, et
  • L'intendance de la création

La disparité entre l'accumulation de l'extrême richesse et l'inéluctabilité de l'extrême pauvreté qui porte atteinte à la dignité de l'être humain, sont un affront au bien commun, et tend vers une misère cyclique désastreuse. L'accumulation extrême de richesses et le refus de partager les ressources et les biens matériels sont à la fois la cause et l'effet des maux sociaux et spirituels.2

Depuis des générations l'enseignement social catholique nous a poussés à transformer la foi en action, et c’est encore ainsi aujourd'hui.  Nous nous souvenons de l'encyclique de 1891 " Rerum Navarum ", qui se traduit par " De la nouveauté ", sur les droits et les devoirs du capital et du travail (cela a-t-il influencé le début de l'OIT en 1919 ?) jusqu'en 2015 lorsque le Pape François a publié " Laudato Si ", sur " prendre soin de notre maison commune ", qui décrit le caractère destructeur de l'économie mondiale non réglementée.  Je cite : "Lorsque la nature est considérée uniquement comme une source de profit et de gain, cela a de graves conséquences pour la société. Cette vision de la "puissance a raison" a engendré d'immenses inégalités, injustices et actes de violence contre la majorité de l'humanité, puisque toutes les ressources finissent dans les mains du premier venu, ou du plus puissant : le vainqueur prend tout."3

L'enseignement social catholique souligne la nécessité de " frontières " éthiques et morales autour de marchés économiques et financiers sans entraves, encouragés par une croissance phénoménale de la technologie qui, si elle n'est pas réglementée, pose de graves dangers pour la dignité humaine, la communauté, l'équilibre du monde, la paix et la solidarité.  Nous avons besoin d'une éthique de solidarité forte, qui embrasse la logique du bien commun et de la dignité commune de tous les peuples.`4   L'engagement en faveur du bien commun affecte non seulement les relations entre les individus, mais aussi les relations macroéconomiques, sociales, économiques et politiques.5   Le Pape François dans " Laudato Si " réitère, et je cite : " Aujourd'hui, en vue du bien commun, il est urgent que la politique et l'économie s'engagent dans un dialogue franc au service de la vie, surtout de la vie humaine ".6

Laudato Si va au-delà des critiques classiques du capitalisme pour reconnaître que l'économie de marché n'est que la dernière manifestation d'une vision du monde qui place la production et la consommation d'objets matériels au centre de l'objectif humain. Les entreprises qui s'adonnent à l'accaparement des terres et à l'extraction des ressources à des fins de profit privé à court terme nuisent et appauvrissent des personnes déjà en difficulté, ce qui entraîne violence, pauvreté et déplacement.

Un récent document du Vatican intitulé « Considérations pour un discernement éthique » concernant certains aspects du système économico-financier revient sur les raisons pour lesquelles la récente crise financière n'a pas " fourni l'occasion de développer une nouvelle économie, plus attentive aux principes éthiques et à une nouvelle réglementation des activités financières qui neutraliserait les tendances prédatrices et spéculatives et reconnaîtrait la valeur de l'économie réelle ".

Toutes les institutions - y compris le G7, le G20, les institutions de Bretton Woods et les entreprises - qui privilégient le profit par rapport aux personnes doivent être remises en question. 

Pour moi, les Nations Unies sont un " espace évangélique ", et la préoccupation des Nations Unies à l'égard du financement du développement durable est un projet fondé sur la foi qui s'inscrit dans une institution mondiale dont les valeurs et les principes fondamentaux, y compris les droits de la personne et le développement durable, sont au cœur.   La finance est une question de droits de l'homme ; c'est une question de vie ou de mort pour les millions de personnes qui luttent pour la nourriture, l'eau, le logement, l'énergie et autres produits de première nécessité. Pour atteindre les objectifs de l'Agenda pour le développement durable de 2030 et son ambition de " ne « laisser personne de côté ", nous devons mettre notre foi en action et demander aux gouvernements de faire davantage d'efforts pour assurer la justice fiscale, investir dans la protection sociale, l'énergie verte et l'égalité des sexes, réduire les dépenses militaires, mettre fin aux flux financiers illicites et au fardeau de la dette et faire en sorte que ceux qui ont été marginalisés puissent participer pleinement et efficacement à la vie politique, sans subir la corruption de la puissance économique. ‘7

Les organisations confessionnelles qui font la promotion de la dignité humaine et du bien commun ne doivent jamais cesser d'appliquer leurs principes dans des milieux économiques et politiques en constante évolution. Laudato Si' reconnaît la complexité de l'interdépendance de l'économie, de la société et du monde naturel.  L'enseignement social catholique fournit un cadre éthique pour évaluer l'action humaine et remettre en question les structures financières internationales qui réduisent la nature et les êtres humains à de simples objets dans un calcul coûts-bénéfices. Au lieu de cela, nous devons aborder le financement du développement durable d'une manière axée sur les droits et centrée sur l'être humain afin de préserver la dignité et le bien-être des personnes et de notre planète.

 Texte de Winifred Doherty sur les finances éthiques ONU

 

 

1- Considérations pour un discernement éthique sur certains aspects du système économico-financier actuel" de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et le Dicastère pour la promotion du développement humain intégral, 17.05.2018 (Oeconomicae et pecuniariae quaestiones)

  2- Justice économique - Prise de position - Congrégation Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur 2018

  3- Laudato Si, page 22)

  4- Pensée sociale catholique (PCS) et systèmes financiers mondiaux. Par Fred Kammer S.J. JustSouth Quarterly Hiver 2012

  5-  Développement humain intégral, 17.05.2018 (Oeconomicae et pecuniariae quaestiones)

  6-Laudato Si

  7- Ibid..,