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La Mission du Bon Pasteur en Ethiopie 1974 - 2012 Province D'Irlande/Ethiopie

Submitted by: francoise
On: 18/01/2012

C’est le cœur rempli de tristesse, mais aussi de joie et de gratitude que nous nous préparons à quitter notre très chère mission en Ethiopie. Nous sommes tristes car il ne nous est plus possible de maintenir notre communauté de Sœurs dans ce pays. Cependant, nos cœurs débordent de joie et de reconnaissance envers Dieu, d’abord, pour tous les bienfaits dont ils nous a comblées pendant toutes ces années, mais aussi envers les églises et organisations locales pour leur soutien sans faille et leur collaboration, sans oublier la générosité des nombreux donateurs, tant au niveau local qu’international, le sens du service et le dévouement des nombreux membres et partenaires laïcs ainsi que ces milliers de familles avec lesquelles nous avons eu le privilège de travailler  pendant si longtemps. Bien évidemment, nous devons exprimer notre reconnaissance éternelle aux 34 missionnaires qui ont servi ici (1 Kényane, 1 Anglaise, 2 Indiennes, 3 Indonésiennes, 4 Américaines, 5 Philippines et 18 Irlandaises), en saluant leur sens profond de l’engagement.

L’implantation de notre congrégation et les liens tissés avec ce pays sont une longue histoire. En 1846, Marie Euphrasie fut sollicitée en vue d’établir une fondation en Ethiopie. Cependant, lorsque la réponse affirmative de notre Mère fondatrice parvient ici, neuf années se sont déjà écoulées et une autre Congrégation s’est implantée, ce qui entraîne le report du projet.
Puis, en 1970, le Père John De Marchi, prêtre italien de la Consolata effectuant une tournée de promotion pour la mission aux Etats-Unis rencontre Sr. Marguerite Senasac, de la Province de Cincinnati, et la convainc de se porter volontaire pour l’Ethiopie. Notre Sœur arrive donc à Addis-Abeba l’année suivante, avant d’être rejointe quelque temps après par d’autres missionnaires. En 1974, la Congrégation demande à la Province d’Irlande de prendre le contrôle de cette nouvelle mission et c’est ainsi qu’en décembre 1975, Sr. Margaret Doyle vient pour diriger la communauté.
Au départ, les Sœurs ont pu établir le contact avec la population en dispensant des cours d’anglais, que ce soit en cours du soir, au séminaire ou à l’université. Elles ont ouvert un foyer pour jeunes femmes et adolescentes, ont lancé des classes d’alphabétisation, ont constitué un groupe de femmes pour un atelier de couture et ont monté une petite entreprise agroalimentaire.
Mais la révolution communiste de 1974 fut un véritable séisme. Nombreux sont ceux qui perdirent la vie et nos Sœurs furent contraintes de vivre dans l’insécurité la plus totale. Pourtant, à force de zèle et de calme détermination, celles-ci sont parvenues à poursuivre leur quête de justice afin de trouver les moyens d’aider les populations les plus vulnérables, c'est-à-dire les femmes et les enfants.
L’achat d’une villa en 1976, véritable « port d’attache » pour asseoir leurs projets, est une vraie bénédiction dans cette grande aventure. Ces locaux ont servi de base à de nombreux autres projets au fil des années et, espérons-le,  permettront à d’autres encore de voir le jour dans les temps à venir.

Un projet de tissage de tapis impliquant plus de 80 femmes est lancé en 1977, débouchant sur la création d’une coopérative en 1984. Des activités génératrices de revenus telles que la couture, la broderie, le batik et l’impression sur tissu ont permis aux filles de financer leur frais de scolarité et d’aider leurs familles. Beaucoup de ces travaux pouvaient être réalisés à domicile. En 1982, un nouveau centre de production de vêtements mode est construit (Wubeth Fashions, 1990), doté d’ateliers de sérigraphie et de tissage. Parallèlement à ces projets, des structures de crèche/garderie sont mises en place pour les enfants, de même qu’une structure de conseil en matière d’assistance à l’enfance pour les mamans ainsi que des cours de nutrition, d’hygiène et de prévention sanitaire, d’animation/encadrement et de gestion.

Grâce à l’arrivée de nouvelles missionnaires, les Sœurs peuvent peu à peu étendre leur rayon d’intervention. Et c’est ainsi qu’en 1991, une seconde communauté voit le jour à Gulele, dans la banlieue d’Addis-Abeba, ce qui permet de mettre en place de nouveaux projets de développement. Dans les environs, toute une gamme de services est proposée en faveur du développement de l’enfant, des jeunes et des femmes. Cette offre se voulait large et diversifiée, avec par exemple des ateliers de formation et de renforcement des capacités, des cours de protection maternelle infantile, des programmes nutritionnels, des plans d’épargne et de crédit, des offres d’emploi, des plans de rénovation et d’amélioration sanitaire de l’habitat. Tous ces programmes ont permis aux femmes de s’épanouir et de renforcer leur estime de soi, d’acquérir des compétences nouvelles et un vrai savoir-faire, de monter des projets générateurs de revenus à la fois pour elles-mêmes et pour leurs familles, et de jouer un rôle actif au sein de leurs propres communautés locales. 

Le développement de notre Congrégation s’est poursuivi et, en 1995, une nouvelle communauté est implantée à Mazoria, ville située à plusieurs heures de route au sud d’Addis-Abeba. Là, mais aussi dans la ville voisine de Shone, ont été mis en place toute une batterie de services et de projets d’initiative communautaire. Ces différents programmes mettaient l’accent sur l’éducation non-formelle, le parrainage d’étudiants, l’alphabétisation, l’épargne et le crédit, la formation et le développement des compétences, l’assistance aux filles kidnappées, l’aide aux personnes âgées, un centre d’aide pour enfants, des programmes d’hygiène et de prévention sanitaire, des cours d’éducation nutritionnelle…

 Etant donné que de nombreux enfants du secteur n’avaient jamais été scolarisés, des ressources ont été sécurisées afin de préparer ces enfants à l’éducation formelle. Au départ, ce furent d’abord les garçons qui accédèrent à la scolarité, mais progressivement, à force d’encouragements et de patience, le nombre de filles scolarisées a égalé celui des garçons. 
Tout au long de nos années de présence sur cette terre, nous nous sommes senties proches de la Congrégation grâce aux visites des membres de notre province et des leaders de la Congrégation, mais aussi en assistant aux réunions du RIMOA, aux ateliers de congrégation, aux sessions de renouvellement des vœux et en bénéficiant du soutien actif de nombreuses provinces, particulièrement de celles dont nos Sœurs missionnaires étaient originaires.
Notre présence à la CEA (Commission Economique pour l’Afrique) nous a permis de concentrer nos efforts sur l’action de notre Congrégation en faveur de la justice, tout en maintenant un contact permanent avec la vie et les activités du Bon Pasteur sur les cinq continents grâce à notre Bureau des Communications de Rome.

Au fil des années, nos missionnaires ont pris de l’âge, et la crise des vocations au niveau
local conjuguée aux difficultés croissantes en matière d’obtention de permis de travail et de visas d’entrée, ont fragilisé nos structures. Cela a généré beaucoup d’interrogations et de réflexion quant à la pérennisation de la “présence” des Sœurs du Bon Pasteur en Ethiopie. Après avoir examiné toutes les options possibles, la décision fut prise de rapatrier les Sœurs. 
Nous avons par la suite réfléchi à la pérennisation du charisme du Bon Pasteur et des futurs projets. Les Franciscaines Missionnaires de Marie ont repris le flambeau et développent des projets à Mazoria. Les Sœurs Servites de Marie vont développer des projets sociaux à Gulele. Les Sœurs de Sainte-Anne occupent actuellement notre ancienne résidence de Gulele. Leur communauté de formation y est basée. Les Services à la Famille des Sœurs de Bethléem seront repris par un groupe d’anciens membres et les Services Nolawi en faveur des filles et des femmes plongées dans l’univers sordide de la prostitution s’installeront dans l’un de nos centres. Ato Ferew Lemma poursuivra son action en tant qu’ONG de  Congrégation/représentant désigné à la CEA. Ces processus de transfert sont en cours d’achèvement et la date de notre fermeture en 2012 approche à grands pas.
‘Nourrir la vie, l’espérance et la libération à travers une présence bienveillante et charitable’, telle fut la raison d’être de notre mission. Ce fut un honneur d’incarner ici, depuis 1971, la présence de notre Bon Pasteur. Et puisque nul ne connaît les voies de la Providence divine, qui peut dire ce que l’avenir nous réserve ? Ce n’est peut-être qu’un au revoir.

A l’heure où notre Congrégation s’enracine et se développe de plus en plus sur le continent africain, les Sœurs du Bon Pasteur, inspirées par le zèle missionnaire de Sainte Marie Euphrasie, pourraient de nouveau un jour exercer leur ministère auprès de ce magnifique peuple éthiopien. Nous l’espérons de tout notre cœur et prions pour que cela se réalise.

Nous vous demandons de vous unir à nous dans la prière.
 
Soeurs Clemencia, Yohanita, Mary James, Myriam et   Carmelita RBP.

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