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Personalités d’Astoria: une Sœur pour les Femmes du Monde Par Nancy A. Ruhling - Huff Post-New York

Ajouté par : francoise
Le : 07/02/2012
Dans : Générale

Mon Dieu ! Comme les choses auraient pu tourner différemment, si Maureen McGowan n’avait pas autant détesté la gigue à claquettes irlandaise.
 Dans un élan de patriotisme mal conçu, ses parents immigrants l’avaient inscrite à des cours pour qu’elle apprenne à connaître la culture de leur pays natal. Pire encore, elle devait suivre, ainsi que ses trois frères et sœurs ainés, un groupe qui donnait des représentations dans les maisons de repos et centres pour jeunes en difficulté. 
 C’est ainsi qu’à l’âge de 10 ans, Maureen s’était retrouvée à danser à Peekskill, New York, devant un groupe d’adolescentes dont étaient chargées les Sœurs du Bon-Pasteur. Tandis que tous les spectacles avaient été applaudis, le groupe de Maureen avaient été hué.
 « Je les comprenais parfaitement, car moi-même, je détestais faire ça » dit Maureen. Un regard des sœurs avait suffi à faire cesser tous les sifflements.  
 Maureen  n’oublia pas les jeunes filles et les sœurs. Et quand elle eut pris la décision de consacrer sa vie à Dieu, c’est vers les Sœurs du Bon–Pasteur qu’elle se tourna, vers celles qui s’étaient donné pour mission de contribuer, à travers le monde, à l’émancipation des femmes et des jeunes filles dont la société ne se soucie pas.
 « On peut dire que j’ai tracé ma voie vers les sœurs à pas de danse, ajoute-t-elle. « Quarante-sept ans plus tard, je suis encore dans la ronde et j’adore ça ! »
 Mais, un instant ! Ne devrait-on pas plutôt l’appeler Sœur Maureen? « Oh, pas d’importance, tout le monde au bureau m’appelle Maureen ! » nous répond-elle.  

Maureen est à la direction de  Handcrafting Justice, un projet des Sœurs du Bon-Pasteur pour la commercialisation de produits artisanaux qui ont été fabriqués par des femmes de milieux défavorisés dans des pays en voie de développement. Les bureaux sont situés au dernier étage d’un établissement scolaire paroissial.     
 
Elle nous mène le long d’un couloir qui est flanqué de portes de chaque côté tous les deux mètres. Dans ce tunnel qui exprime le nettoyage compulsif et un véritable défi du point de vue esthétique, on se croirait dans un hall d’hôpital. C’est ici que sont entreposés les objets – sacs, poteries, statues, foulards en soie, bracelets, housses pour ordinateurs portables, poupées et décorations – sur des étagères métalliques qui montent jusqu’au plafond.  

Maureen, dont la veste en soie recyclée de Handcrafted Justice aux couleurs pourpre-royal fait reluire sa croix des Sœurs du Bon-Pasteur comme l’étoile de Bethléem, débite les noms d’une Nation Unie de pays : Thaïlande, Pérou, Sri Lanka, Haïti, Madagascar, Paraguay, Kenya, les Philippines.  
 Il ne s’agit vraiment pas d’une entreprise familiale. Le commerce équitable et à but non lucratif représente 300 000 USD de ventes annuelles, tandis que 100 000 objets sont exposés chaque jour dans les locaux. Maureen se délecte à révéler tous les détails de chacun de ces objets. 
Maureen, qui a grandi en écoles catholiques avec la messe du matin, est entrée au couvent en 1965, dès sa sortie du lycée et avant que les jeunes filles de son âge ne commencent à se rebeller contre l’établissement.   « J’ai signé à 17 ans » précise-t-elle. « Dix-sept ! Je croyais tout savoir à 17 ans. »

 A l’époque, pour les femmes, il n’avait pas tellement de choix. Il fallait s’en remettre à Dieu. Et c’est exactement ce que fit Maureen. Elle ne se voyait pas devenir enseignante ou infirmière, elle se voyait aider son prochain.
« Je me sentais attirée par le social » dit-elle, ajoutant qu’elle est diplômée en travail social à Yeshiva University.

 Au fils des années, elle est embauchée par les sœurs à divers postes à New Jersey, New York et Long Island. Elle a l’occasion, au tout départ, de travailler avec des adolescentes dans un centre résidentiel de soins. C’est à l’époque où elle collaborait avec le Good Shepherd Volunteers, une association de volontaires du Bon-Pasteur qui s’occupe de gérer la mission des laïques dans les projets d’aide aux femmes dans le monde entier, que l’idée de Handcrafting Justice a vu le jour.

La congrégation a des projets rémunérateurs visant à l’émancipation de la femme partout dans le monde et les sœurs souhaitaient amener la marchandise produite sur le marché américain. Les premières marchandises sont venues aux Etats-Unis dans le sac-à-dos de Maureen. En 1997 elle a joué un rôle-clé dans la formation de Handcrafting Justice qui, aujourd’hui, vend ses produits par Internet et grâce à 22 représentants américains.

« Les sœurs, dans les différents pays, mettent en place des centres de services sociaux » explique-t-elle. « Ce qu’offrent les sœurs est fondamentalement la création d’un lien entre les femmes pour leur permettre d’exercer leurs métiers. 
Pour Maureen, la mission de l’émancipation de la femme ne s’arrête pas quand elle quitte les locaux de Handcrafting Justice.
Elle vit à Providence House, un organisme à but non lucratif des Sœurs de Saint Joseph à Crown Heights pour la réinsertion des femmes dans la société.

Maureen, directrice de Handcrafting Justice depuis 2005, rêve de voir le non-profit devenir viable ; à l’heure actuelle, il repose sur les subventions.« J’ai vu ce que les produits peuvent donner » dit-elle. « Rencontrer les femmes donne un élan de courage. Je me suis une fois trouvée dans une région éloignée du Pérou, devant une maison qui avait une bâche bleue pour toute toiture. Quand j’y suis retournée, la famille qui y vivait avait un vrai toit au-dessus de sa tête et un vrai sol, et tout ça grâce à la vente par Handcrafting Justice. »

Elle montre un tel enthousiasme à parler de ce qui a été réalisé grâce au commerce équitable. Elle ne s’attribue aucun mérite mais rend grâce à Dieu de ce succès, et aimerait toutefois participer à son avenir.

 « J’ai 64 ans et voudrais continuer dans le secteur de la justice économique, car c’est une initiative qui améliore la vie des femmes et des enfants. La plénitude de ma vie dépasse toute mon imagination. Je me vois continuer ici tant que j’en serais physiquement capable. Disons qu’il y a beaucoup de poids à soulever, de marchandises à déballer puis à conditionner pour la vente. »

Tout en parlant, elle décroche du mur un chapeau dont la forme ronde et plate est conçue pour protéger du soleil torride des Andes. Les femmes du projet péruvien le lui avaient proposé lors de sa visite sur place en 2002.

“C’est pour moi un privilège d’être la voix de ces femmes jusqu’à ce qu’elles soient elles-mêmes capables de se faire entendre » affirme Maureen en passant ses doigts sur la broderie, émerveillée par sa splendeur.

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